dimanche 30 juillet 2017

Généalogie : la quête des origines

La généalogie s'apparente à la quête des origines. Cette quête s'avère une noble entreprise car elle rend aux ancêtres ce qu'on leur doit : la vie. Chacun d'entre nous est issu d'une lignée d'individus avec lesquels il est lié par le sang. Peut-être est-ce pour cette raison que la généalogie était autrefois un art noble, une activité réservée aux familles de haut rang et qui permettait, d'ailleurs, de le maintenir, ce rang. Aujourd'hui nous savons bien que le « rang » n'a pas d'importance. C'est le comportement d'un individu qui lui confère une certaine noblesse, pas son appartenance à un clan à particules. Mais il y a de la fierté à tirer de la quête de ses origines.

Cette quête n'est pas l'apanage de l'occident. Aux Comores, par exemple, on s'enorgueillit de réciter les noms de ses ascendants aussi loin que possible dans le temps. Quand on arrive à remonter jusqu'à la dixième génération, on en tire une fierté palpable. Certains remontent même jusqu'aux proches du prophète Mahomet, c'est tout dire... Même chose dans les îles du Pacifique. Récemment, un passage tiré du très beau roman d'Elizabeth Gilbert (L'Empreinte de toute chose, Calmann-Lévy, 2013) l'illustre assez bien.  Le voici :

« Quand vous faites une taio avec un indigène, vous échangez vos généalogies, voyez-vous, et vous devenez une portion de la lignée de chacun des deux. La lignée est des plus importantes ici. Il y a des Tahitiens qui sont capables de réciter leur généalogie sur trente générations – ce n’est pas sans rappeler les générations de la Bible, voyez-vous. Entrer dans une lignée est un noble honneur. Aussi nous devrions nous-mêmes nous sentir honorés d'appartenir à une lignée, quelle qu'elle soit. Mais encore faut-il se donner la peine de la connaître, cette lignée, et de comprendre le rôle que chacun a jouté dans l'Histoire, si modeste soit-il. »

À l’instar d’Amin Maalouf (Origines, Grasset, 2004), j’estime que la poursuite des origines apparaît comme une reconquête sur la mort et l'oubli, une reconquête qui devrait être patiente, dévouée, acharnée, fidèle. Cette connaissance généalogique correspondait-elle à un « besoin » ? Laissons  Amin Maalouf répondre à cette question :

« Aucun besoin pour nous, il est vrai, de connaître nos origines. Aucun besoin non plus pour nos petits-enfants de savoir ce que fut notre vie. Chacun traverse les années qui lui sont imparties, puis s'en va dormir dans sa tombe. A quoi bon penser à ceux qui sont venus avant nous puisque pour nous ils ne sont rien ? A quoi bon penser à ceux qui viendront après nous puisque pour eux nous ne serons plus rien ? Mais alors, si tout est destiné à l'oubli, pourquoi bâtissons-nous, et pourquoi nos ancêtres ont-ils bâti ? Pourquoi écrivons-nous, et pourquoi ont-ils écrit ? Oui, dans ce cas, pourquoi planter des arbres et pourquoi enfanter ? A quoi bon lutter pour une cause, à quoi bon parler de progrès, d'évolution, d'humanité, d'avenir ? A trop privilégier l'instant vécu on se laisse assiéger par un océan de mort. A l'inverse, en ranimant le temps révolu on élargit l'espace de vie. »

La généalogie est une activité destinée à accroître notre connaissance de notre famille, certes, mais aussi – et surtout, ai-je envie d’ajouter – de l’histoire, car plus on remonte dans le temps, plus la connaissance de l’histoire s’avère essentielle à la compréhension de ce que nos aïeuls ont vécu. On ne fait pas de la généalogie par devoir, même qu’il y a un peu de ça dans les propos ci-dessus ; on le fait aussi par plaisir car, vous verrez, très rapidement notre quête des origines rappelle celle du détective chargé de découvrir la vérité, et chaque découverte, chaque fait nouveau qu’on parvient à dévoiler à la surface du jour, procure de la joie. Bref, c’est littéralement passionnant…

Triste est la personne qui ne sait pas d’où elle vient. Même si parfois certaines découvertes peuvent nous causer de l’affliction, la connaissance des origines participe à notre accomplissement. Ne vous en privez pas.

samedi 15 avril 2017

Pierre Charron, ses enfants, ses déplacements

Revenons sur Pierre Charron II (LP01), le fils du Charron de Meaux qui a quitté son pays pour s’engager en Nouvelle-France. Deux ans après son arrivée à Montréal, il épouse Catherine Pillard, nom souvent orthographié, dans les documents officiels, Pillat, parfois Pillar, voire Plate, Platte, et même Pilette. Catherine est une Fille du Roy née à La Rochelle le 30 mars 1646. Elle débarque à Québec le 30 juin 1663 ; elle a dix-sept ans. Nous ne savons pas ce qui l’a amené à Montréal ni pourquoi elle a épousé Pierre le 19 octobre 1665 à l’Église Notre-Dame. Nous y reviendrons plus tard, même s’il y a peu de chance qu’on puisse fournir des réponses fiables à ce genre de questions… Pour le moment, contentons-nous d’établir le parcours du couple en lien avec la naissance de leurs douze enfants.


1er période - Montréal (Ville-Marie) : 1663-1668

Le couple vit à Ville-Marie et, à partir de 1666, à Longue-Pointe. En effet, les Sulpiciens leur accordent une concession de 30 arpents à l’est de la rue actuelle de Boucherville, sur l’emplacement du tunnel Hippolyte-Lafontaine en face du fleuve. Deux filles sont nées de ces premières années de mariage :
  • Catherine, le 23 septembre 1666 ;
  • Marie-Charlotte, en 1668, sans autre précision sur la date exacte de sa naissance.


2e période - Contrecoeur, comté de Verchères : 1668-1680

Pierre Charron a reçu une concession dans la seigneurie de Contrecoeur, de l'autre côté du fleuve. Selon Marcel Charron (1995), cette concession aurait été par la suite abandonnée et reprise par le seigneur le 30 mai 1698 devant le notaire Antoine Adhémar. La famille a vraisemblablement habité l’endroit puisque quatre autres enfants y sont nés : 
  • Anne-Antoinette, le 18 octobre 1670 ;
  • Pierre III, en 1672 ;
  • Thérèse, le 26 février 1674 ;
  • Nicolas, le 16 mars 1676 à Boucherville, par contre. 
  • François, 2 juin 1678 à Sorel

François, le premier Charron à porter le nom de Ducharme (Sorel, 2 juin 1678, mais baptisé à la paroisse de Très-Sainte-Trinité à Contrecoeur, comté de Verchères). François serait donc né à Sorel... mais rien n'est si certain car les sources généalogiques mentionnent parfois Sorel, parfois Contrecoeur, voire Verchères. Les registres originaux du 5 juin 1678 au 1er janvier 1681 ayant été perdus ou brûlés, il est difficile de statuer avec certitude sur le lieu exact de naissance de François. Manque de bol... car il a été baptisé justement le 5 juin, date de la perte de ces documents... Comment sait-on cela ? Le compilateur indique ce qui suit :



« Or, par les moyens du recensement de 1681 (dont nous avons annexé une copie authentique au présent document) et par la comparaison des dates, nous avons réussi à reconstituer quelques-uns de ces actes de baptêmes et de mariages. Les actes n’existent plus nulle part, car nous avons visité tous les registres des paroisses voisines et nous n’avons rien trouvé. »

La note est signée par J. Ducharme. Il s'agirait de Jean Ducharme (1858-1922), vicaire à Longueuil et curé à Contrecœur. Selon Pierre Ducharme (voir commentaire), c'est à ce titre qu'il a recopié, en les vérifiant, les registres de ces paroisses.

Dans une première version de ce billet, nous avions écrit que Pierre avait acquis une terre à l'île Sainte-Anne, période (1676-1680) assez nébuleuse, disions-nous. Mais l'article de Pierre Ducharme (2016) a levé plusieurs doute. Il ne s'agissait pas de Saint-Anne-de-Sorel, mais de la Côte Sainte-Anne, à l'est de la première terre du couple à Longue-Pointe. En effet, selon Pierre Ducharme (2016) : " Cet acte a souvent été mal interprété. Plusieurs chercheurs ont cru qu’il s’agissait d’une terre située sur une île nommée Sainte-Anne, dont la localisation n’était pas précisée. Ainsi, notre premier président, Gilles Charron, se demandait s’il ne s’agissait pas de Sainte-Anne de Sorel, où la famille de Pierre Charron aurait habité de 1676 à 1680". Dans les fait, cette transaction n'a jamais eu lieue et, donc, Pierre Charron et Catherine Pillard ont habité à Contrecoeur jusqu'à l'automne 1680, voire jusqu'au printemps 1681. Le dernier acte mentionnant la présence de Pierre Charron à Contrecoeur remonte au 29 mars 1681 alors qu'il a été témoin de l'inhumation d'un enfant de six ans, Antoine Jaudoin (Pierre Ducharme, 2016).


3e période - 1680-1700 : Longueuil

À l’automne 1680, la famille Charron s’établit à Longueuil sur deux terres achetées à Laforsade et à Pierre Roussel, terres nos XV et XVI-A de la seigneurie de Longueuil. Mais cela ne durera pas… car, par la suite, Pierre achète la terre d’André Collin, accolée au ruisseau Saint-Antoine. Ce ruisseau traversait le Vieux-Longueuil ; il a été canalisé dans les années 1930 et enseveli depuis.

Voici la mention de la famille de Pierre Charron au recensement de 1681 : « Pierre Charon, 42 ans ; sa femme Chaterine Pillar, 30 ans ; ses enfants : Catherine 15 ans, Marie 13 ans, Pierre 10 ans, Thérèse 8 ans, Nicolas 3 ans, Catherine 1 an; 1 vache; 3 arpents en valeur. » Vous ne remarquez rien ? Où était donc François au moment du recensement ? Et pourquoi écrit-on que Nicolas a trois ans… alors qu’il est né cinq ans plus tôt ? C’est plutôt François Charron dit Ducharme qui avait trois ans en 1681…  Vraiment, la généalogie est une suite d'erreurs, de faux et de contradictions sans fin…

Les enfants nés au cours de cette période sont :
  • Catherine, en 1679, mais d’autres sources indiquent 1680 comme année de naissance ; 
  • Hélène, le 12 novembre 1682
  • Jean, le 18 octobre 1684
  • Louise, le 7 mai 1686
  • Jeanne, la dernière, le 7 mai 1688)

À l’exception de Catherine (seconde fille du  même nom...), où un doute subsiste, les quatre derniers enfants du couple sont nés à Longueuil qui, en 1681, comptait 14 maisons pour une population totale de 78 personnes. 

À ce stade, notons deux pistes très intéressantes pour les recherches à venir. La première concerne un phénomène dont je ne m’explique pas : les douze enfants de Pierre Charron et de Catherine Pillard ont survécu aux premières années d’une vie qui ne devait pas être facile, du moins pas toujours. Tous se sont mariés, donc ont vécu assez longtemps pour enrichir leur descendance. Bref, aucun signe de mortalité infantile dans cette famille. Cela ne manque pas de m’étonner quand on sait que, dans les générations subséquentes, deux ou trois enfants par famille mourraient avant l’âge de cinq ans. Prenons juste l’exemple d’Hector-Émile (LP09) et d’Albertine Gravel, respectivement mon grand-père et ma grand-mère, qui ont perdu trois de leurs huit enfants avant l’âge de cinq ans. Et nous étions déjà au XXe siècle… 

La deuxième piste concerne mon ancêtre maternel, Paul Benoît (1626-1686), qui, lui aussi, aurait vécu à Longueuil. Il est d’ailleurs décédé à Chambly. Si Paul Benoît a vécu à Longueuil au cours des mêmes années que Pierre Charron, cela signifie, hors de tout doute, que les deux hommes se connaissaient… car il n’y avait que 14 maisons et 78 personnes qui habitaient dans la seigneurie de Charles Le Moyne en 1681…. Nous y reviendrons.

P.S. Dans ce billet, comme dans tous les autres, les noms et années entre parenthèses correspondent aux sources que vous pouvez consulter en cliquant sur l'onglet SOURCES.

mardi 28 mars 2017

Pierre Charron, le premier de la lignée paternelle au Canada

Signature de Pierre Charron (LP01), 1665

Pierre Charron est l'ancêtre paternel de ma lignée familiale. Il est né à Meaux, département actuel de Seine-et-Loire, le 21 octobre 1635. Il est le fils de Pierre Charron (LP00) et de Judith Martin auxquels j’ai consacré un premier billet. Selon une source fiable (Trudel 1983) repérée sur Ancestry, il aurait débarqué en Nouvelle-France en 1661. Je ne peux confirmer encore s’il est descendu directement à Ville-Marie ni sur quel navire il s’est embarqué. Une recherche à faire que je mets sur ma to do list.

Une fois débarqué, que sait-on de lui ? Le 2 octobre 1662, Pierre Charron a signé un engagement avec promesse de défricher une terre et ce, en présence de Paul Chomedey de Maisonneuve et Dollier de Casson. Sur le même document on retrouve les noms de Pierre Desautels dit Lapointe, l’ancêtre direct d’un collègue de travail de BAnQ… Ce même Desautels dit Lapointe figure aussi sur la liste de ceux qui sont arrivés à Montréal en 1653 avec mon ancêtre paternel, Paul Benoît (LM01). Mais ne brouillons pas les cartes : la Grande recrue de 1653 fera l’objet d’un (et même de plusieurs) billet ultérieur.   

Comme son père, il exerçait le métier de mégissier, mais il n’a visiblement pas exercé cette occupation en Nouvelle-France. Pour des raisons que j'espère élucider un jour, il a perdu très tôt ses parents, Pierre et Judith Martin (LP00). Orphelin de mère et de père, plus rien ne le retenait en France et ce, d'autant plus que ça commençait à chauffer dans la commune de Meaux, petite ville en région Île-de-France, non loin de Paris. À cette époque, Meaux abritait une communauté calviniste d'une importance non négligeable. Eh oui, notre ancêtre était protestant. Il a été confirmé catholique peu de temps après son arrivée en Nouvelle-France. En effet, il figure au registre des confirmés de Monseigneur de Laval du 11 juillet 1664. Catherine Pillard figure aussi à ce registre. Elle allait devenir sa femme un plus tard en 1665. Ensemble, ils auront douze enfants.

Quelques mois après son arrivée, soit le 27 janvier 1663, Pierre Charron s’enrôle dans la 20e brigade de la Ste-Famille de Jésus-Marie-Joseph, une confrérie militaire ayant pour but de combattre les Iroquois qui menaçaient toujours Montréal en ce temps-là. Sur un site de la Loyal Edmonton Regiment Military Musuem, on apprend que cette unité paramilitaire comprend vingt brigades de sept hommes chacune. Elle a pour mission de patrouiller la nuit près des murs qui protègent Ville-Marie des attaques iroquoises. Avec l’arrivée des soldats de l’armée française appelés en renfort par le gouverneur, elle est dissoute par de Maisonneuve en 1666.

Qu’a-t-il fait par la suite ? On sait que le 28 juillet 1666, les Sulpiciens, seigneurs de Montréal, lui accordent une concession de 30 arpents à Longue-Pointe, à l’est de la rue actuelle de Boucherville, sur l’emplacement du tunnel Hippolyte-Lafontaine en face du fleuve. Pour le reste, on sait que Pierre et Catherine vivent sur l’île de Montréal et que, selon un document notarié, Pierre possède “quatre arpents de terre en valeur” (Charron 1995).

Mais cela n’a pas duré… car, de 1668 à 1676, le couple acquiert une terre dans la seigneurie de Contrecoeur, sur la rive sud de Montréal. Puis, le 14 octobre 1675, Pierre achète de Pierre Dardaine une autre terre de 60 arpents à l’île Ste-Anne près de Sorel. L’acte est notarié par Bénigme Basset, notaire bien connu à Ville-Marie. Enfin, à partir de 1680, la famille Charron-Pillard élisent domicile à Longueuil, seigneurie de Charles Le Moyne. Pierre  possède “une vache et deux arpents de terre en valeur”. À l’époque, Longueuil comptait quatorze maisons et une population de 78 personnes. Inutile de dire que tout le monde se connaissait... 

Pierre s’éteint le 26 décembre 1700 à l’âge de 65 ans. Il a eu douze enfants dont François, né à Sorel le 2 juin 1678. C’est lui qui, pour des raisons inconnues, a accolé le suffixe dit Ducharme au nom de son père. Nous en reparlerons.

jeudi 23 mars 2017

Au commencement : Pierre Charron (LP00)

Pierre Charron et Judith Martin sont le couple de Français, résidents de Meaux (Seine-et-Marne), qui a engendré les douze générations de Ducharme du Canada. C'est d'eux, donc, que tout part. Qui étaient-ils ?

On ne sait pas grand chose sur eux, mais ce que l'on sait, toutefois, ne manque pas d'intérêt. On sait qu'ils sont nés, se sont mariés et sont morts à Meaux, une commune d'Île-de-France sise dans le département actuel de Seine-et-Marne, à quelque cinquante kilomètres à l'est de Paris. Tous deux étaient protestants, calvinistes plus précisément. Pierre est né vers 1607 et baptisé le 30 janvier de la même année. Quant à Judith, elle est née le 31 juillet 1611. Ils se sont mariés le 3 août 1632 au temple protestant de Nanteuil-lès-Meaux. Ils sont morts très jeunes. Pierre est décédé avant d'avoir 40 ans, vers 1644 ; Judith serait décédée en 1652, à l'âge de 41 ans.
Temple de Nanteuil lès Meaux, détruit en 1685, reconstruit au même emplacement en 1827 (source : http://huguenotsinfo.free.fr/temples/nanteuil.htm)
Pierre le père était maître mégissier, c'est-à-dire tanneur de petites peaux, surtout de moutons et de chèvres. Il semblerait qu'on utilisait ce matériel pour fabriquer les chaussures et des gants. Pour en savoir davantage sur ce métier un peu oublié, veuillez lire l'article de Wikipédia à ce sujet.

De Pierre Charron, on sait qu'il savait lire et écrire. En tout cas, selon les auteurs du site consacré à la famille de Charron-Ducharme, il savait signer son nom.

Ils n'ont eu qu'un seul enfant : Pierre, notre ancêtre. Orphelin de père et de mère, il quitte la France en 1661 pour s'établir au Nouvelle-France. Il avait 26 ans. Qu'est-ce qui l'a motivé à tenter cette aventure ? Bien que l'Édit de Nantes n'a été proclamé qu'en 1685, les relations entre catholiques et protestants auraient commencé à se dégrader à Meaux. Nous pouvons donc légitimement penser qu'il valait peut-être mieux pour lui aller se faire voir ailleurs. Il avait bien raison parce que, dès la proclamation de ce fameux édit royal, Louis XIV ordonne la destruction du temple protestant de Meaux, ce même lieu de culte dans lequel a été célébré le mariage de Pierre et Judith.

La Nouvelle-France n'a pas attendu la révocation de l'Édit de Nantes pour déclarer non gratta les protestants en Nouvelle-France. Sur le site consacré à l'histoire du Québec, on apprend qu'en 1588 une ordonnance fait du catholicisme la religion prépondérante en Nouvelle-France. Mais Paul Chomedey de Maisonneuve, fondateur de Montréal, un fervent catholique s'il est est (la foi religieuse est à l'origine de la ville, ne l'oublions pas), accepte les protestants à Ville-Marie à la condition qu'ils soient hommes de métier. Comme on peut le constater, le pragmatisme politique ne date pas d'hier... Nous reviendrons sur cette question quand nous nous pencherons sur Pierre, le fils de ce Charron de la génération zéro.